Le Cantique des Cantiques tient une place à part dans la Bible, livre court au ton singulier et aux images évocatrices. Il est issu du genre littéraire des chants pour les soirs de noces. Le musicien engagé par la famille chantait ces poèmes sensuels :
Te voici belle, ma compagne, te voici belle aux yeux de palombes.
Te voici beau, mon amant, suave aussi, aussi notre berceau est luxuriant.
(premier poème).
Beaucoup de versets décrivent les beautés de la Bien aimée dans une grande recherche d’images :
Ton nombril forme une coupe, ton ventre, une meule de foin enclose de lotus.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d’une gazelle.
Ton cou, une tour d’ivoire. (7ème poème)
Cette poésie imagée et sensuelle n’était pas seulement présente dans la Palestine antique, mais se retrouvait, plus développée encore en Egypte ou en Mésopotamie. Inlassablement au long des 8 poèmes, le Bien-aimé et la Bien-aimée se cherchent, se poursuivent et se rêvent.
Mais pour les juifs comme pour les chrétiens, ces poèmes attribués à Salomon contiennent en eux une autre dimension. Ils ne disent pas seulement l’amour d’un homme et d’une femme, mais aussi la quête de l’âme humaine qui cherche Dieu. Dieu est alors présent dans la figure du Bien aimé, et le croyant dans celle de la Bien aimée. Ces 8 petits chants ont inspiré des générations de commentateurs juifs, de mystiques, de Pères de l’Eglise, de grands prédicateurs, de philosophes, sémiologues, psychanalystes … et de poètes.
Ils condensent, en effet trois thèmes qui parcourent toute la Bible :
- D’abord la naissance de l’amour, mais un amour qui n’est pas encore différencié, que n’a pas éprouvé le temps.
- Puis l’exil, la solitude et la souffrance. L’absence du bien aimé crée un manque. C’est l’épreuve, mais aussi l’expérience du désir, de l’attente de l’autre.
- Enfin les retrouvailles des amants sont source d’une joie absolue.
L’amour chanté à la fin du Cantique est mûr et équilibré. Enfin, les deux amants peuvent aller ensemble et dire « nous » :
Va, mon amant, sortons au champ, dormons dans les villages !
Le matin aux vignobles, nous verrons si la vigne fleurit…
Là, je te donnerai mes étreintes. (Ct 7,12-13)
Alors, et seulement là, peut apparaître le nom de Dieu, une seule fois, à la fin du Cantique.
Les lectures contemporaines montrent également à quel point l’amour de Dieu confirme chaque croyant et croyante dans ce qu’il est et ce qu’il doit être : « lève-toi vers toi-même ma compagne, ma belle, et va vers toi-même » (2ème poème) comme traduit lumineusement André Chouraqui.
Le projet de ce disque est bien de chanter la beauté du Chant des Chants, à travers des œuvres pour chœur a capella, en particulier à la Renaissance, puis à l’époque contemporaine.
Muriel Masson (et Bruno Dumant)